Une série d’attaques « barbares » perpétrées cette année contre des centaines de personnes nées en esclavage au Mali dépasse l’entendement, ont dénoncé vendredi des experts indépendants de l’ONU, exigeant que Bamako rende justice aux victimes et interdise enfin l’esclavage.

Selon les experts onusiens, les dernières attaques ont eu lieu fin septembre dans la région de Kayes, à quelque 500 km au nord-ouest de Bamako, la capitale du Mali. Cette zone a été le théâtre de sept attaques précédentes depuis janvier, au cours desquelles une personne a été tuée, au moins 77 ont été blessées et plus de 3.000 « esclaves » ont été déplacés.

« Le fait que ces attaques se produisent si souvent dans cette région montre que l’esclavage fondé sur l’ascendance est encore socialement accepté par certains politiciens influents, chefs traditionnels, responsables de l’application des lois et autorités judiciaires au Mali », ont déclaré dans un communiqué conjoint, Tomoya Obokata, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, Alioune Tine, Expert indépendant sur la situation des droits humains au Mali et Cecilia Jimenez-Damary, Rapporteure spéciale sur les droits humains des déplacés internes.

Notant que le Mali ne dispose pas d’une loi spécifique contre l’esclavage, les experts ont souligné qu’ « il était grand temps de mettre cette pratique hors la loi ». « Le Mali doit criminaliser l’esclavage sans plus tarder et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger tous les Maliens contre la violence, y compris ceux qui, historiquement, ont eu le statut d’esclave », ont-ils préconisé.

Depuis 2018, certaines parties du Mali font face à une montée de la violence liée à la problématique de l’esclavage par ascendance (« jonya », en bamanankan). Cette pratique, qui persiste à Kayes et dans d’autres régions du pays, mène à de fortes discriminations.

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